Traverser la frontière terrestre entre la Russie et la Géorgie

Traverser la frontière terrestre entre la Russie et la Géorgie

Que vous soyez fan d’Alexandre Dumas, d’Histoire, de géopolitique ou tout simplement de paysages à couper le souffle, parcourir la route militaire géorgienne en passant par la Porte de Darial est une belle aventure à ne pas manquer lorsque vous êtes dans le Caucase.

Rassurez vous, on est plus au XIXeme siècle et le « chemin cahoteux » où Dumas a voyagé en tarantass a été remplacé par une route goudronnée empruntée quotidiennement par des marshroutkas bon marché.

Si vous envisagez de traverser la frontière Verkhny Lars – Kazbegi entre la Russie et la Géorgie ou vice-versa, voici un guide avec quelques points essentiels à savoir pour voyager (presque) sereinement via la seule frontière légale entre la Fédération de Russie et la République de Géorgie ; les gorges de Pankissi, la frontière Psou en Abkhazie ou tout autre chemin à travers les montagnes de Svaneti étant illégaux.

Dernière mise à jour : 06/11/2022

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Ne faites pas le voyage à la dernière minute

Si vous venez de Russie pour vous rendre en Géorgie, que vous ayez besoin d’un visa ou non, ne traversez la frontière à la dernière minute, c’est à dire le dernier jour de votre visa; la météo et les relations diplomatiques entre la Russie & la Géorgie ne dépendent pas de vous. Le poste frontière peut être fermé sans préavis :

  • Un début du mois de mars, il avait beaucoup neigé à Vladikavkaz la veille de mon passage de la frontière vers la Géorgie. J’ai trouvé un groupe VK (en russe) donnant des informations sur la frontière, littérallement intitulé « la situation au poste frontière Verkhny Lars ». La route s’est trouvée être assez dégagée le lendemain sauf tout près de la frontière (le point de passage est à 1 342 m d’altitude). Il y avait des kilomètres de camions coincés au col et interdits de franchir pour plusieurs jours.

  • La frontière peut aussi être fermée en raison des relations diplomatiques assez « tendues » entre les deux pays. Elle avait été fermée auparavant pendant environ 3 ans en 2015. Si vous voyez des chars russes en file indienne se diriger vers Verkhny Lars, reconsidérez rapidement vos plans de voyage !

Bus, marshroutka & auto-stop

Marcheurs et autostoppeurs

Vous ne pouvez pas traverser à pieds le no man’s land entre les deux pays. Il faut être impérativement dans un véhicule. Côté russe, vous ne pourrez même pas accéder au poste de contrôle des passeports depuis la grille d’entrée (ou vice versa) à moins de pouvoir montrer un permis zone frontière au jeune soldat russe qui bloque le passage. Il ne saura probablement pas quoi faire de vous de toute façon. Faites simplement du stop.

Depuis Vladikavkaz

Depuis la gare routière principale (Tsentralny vokzal), vous pouvez facilement trouver des marshroutkas quotidiennes pour Tbilissi. Le chauffeur peut vous déposer à Kazbegi ou n’importe où le long de la route. Réservez votre place la veille ou le jour même si cela ne vous dérange pas d’attendre que le minibus soit plein. Le tarif est d’environ 800 roubles et prend 5 à 6 heures, formalités frontalières incluses si tout se passe bien.

Auto-stop : j’ai fait deux fois de l’auto-stop depuis Vladikavkaz jusqu’à Tbilissi, c’est assez facile, il y a beaucoup de voitures et camions qui se rendent en Géorgie. Vous pouvez même trouver un moyen de transport jusqu’à Erevan si votre destination finale est l’Arménie. Je vous recommande de commencer à faire du stop ici avec un panneau indiquant граница (granitsa = frontière) ou Грузия (Grouzia = Géorgie) ou bien ici.

Depuis Tbilissi

Il y a des marshurtkas tous les jours pour Vladikavkaz depuis la gare de Didoube. Certaines partent à 5 ou 6 heures du matin quotidiennement. Je vous recommande de réserver votre place la veille, mais ne payez pas à l’avance.
Un trajet de Tbilissi à Vladikavkaz coûte environ 30 GEL et dure 5 à 6 heures, formalités frontalières incluses si tout se passe bien (FSB et/ou météo peuvent vous ralentir).

Pour info, un passeport rempli de tampons de pays d’Asie Centrale ne rendra pas le passage de la frontière facile. Le chauffeur doit normalement vous attendre mais au cas où, ne laissez aucun de vos effets personnels dans le minibus.
Conseils : Même si vous parlez un peu russe, gardez le pour vous et parlez anglais, ou vous êtes bon pour un questionnement potentiellement long …

Si vous souhaitez continuer directement vers la Tchétchénie (il y a plein d’autres endroits géniaux dans le Caucase du Nord mais bon, d’accord), dites-le à votre chauffeur et il vous déposera à un arrêt de bus dans une rue un peu louche de Vladikavkaz où vous pourrez prendre une autre marshroutka pour Magas en Ingouchie (la gare routière est un peu au milieu de nul part) puis une autre pour Grozny remplie de babouchkas tchétchènes super sympas !
Je ne me souviens plus du prix du trajet mais les populations musulmanes du nord du Caucase ont beaucoup trop de respect envers les « invités » étrangers pour les arnaquer alors ne vous inquiétez pas, vous paierez le tarif normal.

Que visiter en cours de route

Si vous vous en tenez à la route principale, soyons honnêtes, le côté géorgien de la route militaire est beaucoup plus scénique que le côté russe. Il existe de nombreux blogs de voyage qui recommandent des endroits à visiter comme autour de Kazbegi, jettez un oeil à l’article de Joan d’Against the Compass (en anglais).

Mais si vous aimez les petits détours hors des sentiers battus, le Caucase Russe est fait pour vous :

  • Les trop méconnues montagnes d’Ingouchie cachent des merveilles architecturales : les tours historiques Vainakh au milieu de montagnes pitoresques et désertes de touristes !

  • Dargavs, la célèbre Cité des morts Ossète plus accessible qu’on ne le crois. Jettez un oeil à mon guide complet ici !

Visa, argent, sécurité & conseils supplémentaires

Le FSB vous surveille

Si vous avez été en Asie centrale & Asie du sud (Afghanistan/Pakistan) entre autres, attendez vous à être interrogé par le FSB (le KGB du XXIe siècle). Même si vous parlez un peu russe, prétendez l’inverse ; un tampon Tadjik soulèvera suffisamment de soupçons.
Les agents du FSB ne sont pas de grands méchants loups. Ils font simplement leur boulot donc pas de soucis à avoir si vous n’avez rien vous reprocher. Ils peuvent vous interroger sur vos précédents voyages, vérifier les photos dans votre téléphone (supprimez vos nudes !), vos contacts, vos conversations WhatsApp/Telegram et vous demander où vous allez exactement en Russie : Préférez dire Pyatigorsk & Sotchi plutôt que Grozny & Makhatchkala.

Visa

Russie : La plupart des voyageurs ont besoin d’un visa pour entrer en Russie. Jetez un oeil à mon guide sur tous les visas liés au tourisme. Ce guide est susceptible de changer quand le monde post-Covid tournera à nouveau rond.

Géorgie : Les pays Occidentaux n’ont pas besoin de visa pour visiter la Géorgie et peuvent y séjourner jusqu’à une année entière.
Un certains nombres de pays Africains francophone (tous?) sont éligibles au eVisa qui s’obtient facilement en ligne pour 20 US dollars sur le site officiel.

Argent

Il n’y a pas de distribteur de billet côté Géogien de la frontière, ni du côté russe. De toute façon Visa et Mastercard n’y fonctionne plus depuis le printemps 2022 (sanctions). Vous pouvez changer votre argent au bureau de change, s’il est ouvert.

En arrivant en Géorgie, vous n’aurez aucun problème à payer en rouble russe pour un taxi ou une marshroutka vers Tbilissi mais oubliez les Lari géorgien (GEL) une fois passé côté Russe, mieux vaut changer quelques roubles à l’avance à Tbilissi. Vous pouvez également obtenir des GEL dans les bureaux de change de Vladikavkaz.

Sécurité

Contrairement aux idées reçues, à votre arrivé en Russie vous ne serez pas accueilli par des tanks, snipers, terroristes et routes défoncées. Le Caucase du Nord n’est plus une zone de guerre ni une zone de non-droit. Vous pouvez facilement voyager dans le Caucase russe aujourd’hui et si vous le faites, croyez-moi, vous ne le regretterez pas !

Faire de l’auto-stop seule : J’ai fait de l’auto-stop en solo à travers de nombreux pays (continents même) et le seul pays dans lequel je ne me sentais pas en sécurité de le faire était la Géorgie. Si vous n’avez pas déjà beaucoup d’expérience en auto – stop, une forte personnalité et êtes prête envoyez promener des hommes du double de votre âge, ne faites pas du stop seule en Géorgie.
Bon, n’allez tout de même pas croire que tous les Géorgiens sont des pervers, la moitié de mes chauffeurs étaient absolument géniaux et très hospitaliers. Malheureusement, la gentillesse de ces derniers a été un peu (beaucoup) gâchée par les mauvaises rencontres quotidiennes. J’ai finalement abandonné l’auto-stop et choisi de voyager en marshroutkas, comme n’importe quel touriste lambda.
En Russie, pas de soucis à avoir. Faites seulement attention aux chauffeurs alcoolisés, même s’ils sont très rares dans les républiques à majorité musulmanes du Nord Caucase.

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Voilà, vous savez tout pour passer sereinement la frontière entre la Russie et la Géorgie par la Porte de Darial ! N’hésitez pas à poser vos questions et partager vos retours d’expérience en commentaire !

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