
J’ai visité* Donetsk en octobre 2025, une ville dont on entend sans cesse parler dans les médias, sans jamais vraiment savoir à quoi elle ressemble aujourd’hui. Capitale du Donbass, Donetsk est loin d’être une destination touristique classique. Alors pourquoi y aller maintenant ? La curiosité a pris le dessus sur la prudence.
Ce n’était pas du dark tourism, ni une chasse aux ruines. Je ne trouve aucun plaisir dans le malheur des autres. Mais la géopolitique et les zones frontalières façonnent mes voyages depuis une dizaine d’années. Certains préfèrent siroter des cocktails sur les plages des Maldives ; moi, je préfère boire un tchaï avec des babouchkas dans des patelins perdus au fin fond des anciennes terres soviétiques. Chacun ses passions.
Dans cet article, je partage mon expérience personnelle pour aller de Rostov-sur-le-Don à Donetsk, des conseils pratiques pour se rendre dans le Donbass en 2025 : visa, frontière, sécurité, transport, hébergement et réalités légales d’un tel voyage. Le tout de mon point de vue de simple touriste lambda.
* Je n’aime pas employer les mots « voyager » ou « visiter » pour un endroit comme celui-ci, mais si vous êtes arrivé ici via Google, c’est sans doute grâce à ces termes. J’essaie en général de garder ce blog aussi politiquement neutre que possible, mais il est possible que vous perceviez plus bas quelques-unes de mes opinions personnelles. Ce n’est pas pour influencer votre point de vue : chacun a le droit à sa propre opinion.
Important : statut du Donbass (au 2 décembre 2025)
Depuis 2014, les régions de Donetsk et de Lougansk ont déclaré leur indépendance vis-à-vis de l’Ukraine, formant la République Populaire de Donetsk (RPD1) et la République Populaire de Lougansk (RPL2). En 2024, ces territoires, ainsi que certaines parties du sud-est ukrainien comme Kherson et Zaporijia, ont été annexés par la Fédération de Russie.
Ces zones restent reconnues internationalement comme faisant partie de l’Ukraine. Passer par la Russie pour entrer dans le Donbass est considéré comme illégal par les autorités ukrainiennes et peut avoir des conséquences sur vos futurs voyages en Ukraine.
Voyager à Donetsk, Lougansk, Kherson, Zaporijia ou dans d’autres zones actuellement sous contrôle russe, y compris près de la ligne de front, ou en Ukraine, se fait entièrement à vos risques et périls. Ce blog reflète mon expérience personnelle et ne remplace en rien les conseils des ministères des Affaires étrangères. Si vous choisissez de vous rendre dans le Donbass, vous le faites sous votre entière responsabilité.
Comment aller à Donetsk en 2025
La seule route pratique : via Rostov-sur-le-Don (Russie)
Il n’existe aucune route ouverte et légale depuis l’Ukraine pour aller à Donetsk ou dans les autres territoires du Donbass contrôlés par la Russie.
Tous les accès civils passent actuellement par la Russie, généralement via Rostov-sur-le-Don, ou via Simferopol en Crimée.
Des bus quotidiens relient la gare routière centrale de Rostov à :
• Donetsk
• Lougansk
• Marioupol
Il y a des dizaines de départs par jour.
Le prix du billet varie entre 960 et 1700₽. Vous pouvez l’acheter directement à la gare ou en ligne avec une carte bancaire russe sur Donbiliet.ru ou Avtovokzaly.ru; ces billets ne sont pas disponibles sur Tutu.ru.
J’ai payé 1622₽ en ligne pour un départ le lendemain à 8h, et un peu moins pour le retour vers 18h.
Le trajet en bus : passage par le poste de contrôle Matveïev Kourgan
• Trajet aller
À la gare routière de Rostov, les billets sont vérifiés avant d’accéder au quai. La dame qui contrôlait les billets dans le bus n’a même pas sourcillé en apprenant que j’étais étrangère ; elle a simplement souhaité à tout le monde un « shasliva pouti » (bon voyage).
Le bus passe ensuite par le poste de contrôle de Matveïev Kourgan, l’ancien poste frontière international. Un homme qui m’a semblé être un policier est monté dans le bus pour vérifier les passeports et m’a demandé de le suivre. J’ai attendu quelques minutes un agent du FSB et je l’ai suivi dans un bureau sur le côté du bâtiment ; même ambiance que dans d’autres locaux fédéraux : quelques vieux bureaux en bois, des ordinateurs, un de ces calendriers officiels russes au mur, deux paires de menottes et des toiles d’araignée dans les coins du plafond.
Honnêtement, le gars n’avait pas trop l’air de savoir quoi faire de moi ou de mon passeport, ou peut-être qu’il ne savait simplement pas quoi ajouter au dossier qu’il semblait déjà avoir sur mes précédents voyages en Russie.
Il m’a posé les questions habituelles :
– Où j’habite
– Ce que je fais
– Où j’allais et pourquoi
– Mon numéro de téléphone français
– L’IMEI de mon téléphone
On a discuté dans un mélange de russe et d’anglais, et je lui ai aussi montré mon billet retour pour Rostov. Il souriait la plupart du temps et avait plutôt l’air très content de rencontrer une Française 😅
Le tout a pris environ 30 minutes. Pendant ce temps, le bus m’attendait dehors, et j’ai bien senti les regards des 30+ passagers quand je suis remontée, visiblement en train de se demander : « C’est qui celle-là ? »
• Trajet retour
Au retour, le processus était légèrement différent :
Tout le monde est descendu du bus, comme à un vrai poste frontière. Tous les passeports ont été scannés et certains passagers ont présenté des documents supplémentaires (le gars devant moi a montré un permis de travail).
La dame a appelé ses collègues du FSB et m’a laissée passer très rapidement, en moins d’une minute. Chaque passager a reçu un petit coupon à donner au soldat qui gérait à la sortie, comme quoi on avait bien passé le contrôle. Au total, le passage du checkpoint a pris environ 30 minutes et on est arrivés à Rostov avec une demi-heure d’avance.
Mes impressions de Donetsk : propre, calme et à 99 % russe
Le long de la route principale depuis le checkpoint, notre bus a traversé quelques petites villes et longé de nombreux arrêts de bus, tous, sans exception, peints aux couleurs du drapeau russe. On est aussi passés devant un cimetière avec des centaines de tombes récentes. Dans les pays post-soviétiques, il est courant de voir la photo du défunt, et ici il était clair que certaines appartenaient à des soldats, mais beaucoup d’autres étaient des civils : adolescentes, couples d’âge moyen…
Le bus est finalement arrivé à 12h30, avec une trentaine de minutes de retard : ma faute, après ma longue discussion avec le FSB. Honnêtement, je ne savais pas trop à quoi m’attendre à Donetsk et, aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai trouvé le centre-ville plus agréable que Rostov-sur-le-Don (et clairement plus propre).
Des locaux m’ont dit que les embouteillages recommencent à apparaître après des années sans, et que des habitants ont commencé à revenir vivre en ville ces derniers mois. Les drapeaux russes sont partout, affichés aux côtés du drapeau noir-bleu-rouge de la République Populaire de Donetsk. Beaucoup de gens m’ont déconseillé d’aller dans le Kievski raïon, et de rester dans le district de Vorochilovski, le centre-ville.
Même si elle a été l’une des plus grandes villes d’Ukraine jusqu’en 2014, Donetsk n’a jamais été une destination touristique (sauf pour le foot). Historiquement, c’est un grand centre d’industrie, donc d’un point de vue touristique, il n’y a pas grand-chose à « voir » au sens classique.
Le centre-ville est plus petit que je l’imaginais. Depuis la gare routière de Youzhni, j’ai marché vers Oulitsa Artioma, l’avenue principale de la ville, puis vers Ploshad Lenina, la place centrale de Donetsk. On y trouve un mât de 42 mètres et une stèle commémorative avec une citation de Vladimir Lénine :
“Le Donbass n’est pas une région choisie au hasard, mais une région sans laquelle la construction du socialisme serait restée un simple vœu pieux.”
Pour le déjeuner, je suis allée chez Tatarochka, un restaurant tatar de Crimée. La nourriture était excellente, le service chaleureux, et mon serveur parlait plutôt bien anglais. Il y a pas mal de cafés et restaurants à Donetsk compte tenu des circonstances, mais ils sont assez difficiles à trouver en ligne. J’ai repéré celui-ci en passant simplement devant : la façade attire l’œil, il y avait beaucoup de monde, et je n’ai vraiment pas été déçue. Je recommande.
Après déjeuner, j’ai traversé la route via l’un des passages piétons souterrains de la ville. Ils sont tous complètement vides, pas une seule boutique ouverte, malgré leur aspect assez récent. De là, j’ai rejoint la place Chevtchenko, où se trouve une statue bien entretenue du poète national ukrainien Taras Chevtchenko, le long du boulevard Chevtchenko. Ça donne matière à réflexion, non?
J’ai continué vers la place Zakhartchenko, nommée d’après Alexandre Zakhartchenko, le chef de la RPD tué dans un attentat à la bombe en 2018 dans un café du boulevard Pouchkine (un mémorial se trouve à côté de l’ancien café Sépar, “Сепар” étant l’abréviation de « séparatiste »).
Sur la place se trouve le siège du gouvernement de la RPD, et, devant, un mémorial dédié aux défenseurs du Donbass. Il comporte deux statues : l’une d’un soldat soviétique de la Grande Guerre patriotique, l’autre représentant un combattant du Donbass (depuis 2014).
Une minute plus tard, j’ai remarqué que les photos étaient interdites, sûrement à cause du bâtiment gouvernemental en arrière-plan, mais bon… la même photo apparaît dans la presse locale.
Avant d’atteindre le marché, je me suis arrêtée à la cathédrale de la Transfiguration (construite en 2000, l’originale a été détruite à l’époque soviétique). Au fond de l’église se trouve une petite pièce où les gens écrivent des zapiski, des petits papiers pour les vivants ou les morts, une pratique orthodoxe courante. Je n’avais jamais vu autant de monde le faire en même temps : la pièce était bondée, et l’église très fréquentée en plein après-midi, un jour de semaine. Des gens de tous âges : personnes âgées, jeunes, familles, quelques soldats.
Je suis ensuite allée vers le marché central qui, au contraire, semblait presque vide. Le bâtiment historique circulaire est complètement fermé, donc le marché se déroule essentiellement dehors. Il n’y avait que quelques échoppes ouvertes, et l’ambiance générale était plutôt endormie.
Je continué vers la rivière Kalmius. La promenade est agréable et propre, il y a des bancs et pas mal d’allées pour s’y balader. Si on ne sait pas où l’on se trouve, on pourrait facilement se croire dans n’importe quelle ville russe moyenne un jour de semaine.
Ensuite, j’ai descendu le boulevard Pouchkine, où sont exposés des dizaines de panneaux du projet 20:14, créé en 2024 pour marquer le 10e anniversaire de la République Populaire de Donetsk. Ils présentent des photos, citations et témoignages de participants et témoins des événements de 2014 dans le Donbass.
Chaque panneau comporte un QR code qui renvoit à une visite audio sur Telegram, où des figures politiques, soldats et activistes locaux racontent comment les protestations ont commencé, les affrontements, et les premiers jours du conflit. Étant donné l’absence de visiteurs étrangers, tout est uniquement en russe, évidemment.
Aujourd’hui, tout, à Donetsk, semble russe : les drapeaux, la langue, les panneaux de rue, même les plaques d’immatriculation, dont la plupart affichent déjà le nouveau code russe « 180 ». Mais une chose saute vraiment aux yeux : les magasins. Il n’y a pas encore de Magnit ou Pyaterotchka, mais je suis certaine que dans quelques années ils seront à chaque coin de rue.
Pour l’instant, la principale chaîne locale est Gerkules Moloko. J’ai pris une glace et quelques snacks sucrés Made in Donbass, par curiosité : il y a trois ans encore, les fabricants étaient enregistrés en Ukraine, et maintenant leurs adresses sont en Fédération de Russie.
Sur le chemin du retour vers la gare, je me suis arrêtée au centre commercial Kontinent Tsentr. Mais avant, j’ai dû traverser Ploshchad Komounarov, une place circulaire chaotique et multi-usage : rond-point, cinéma, galerie marchande et passage souterrain. L’endroit est un vrai labyrinthe avec des sorties simplement nommées A, B, C… Les locaux connaissent visiblement leur chemin ; moi, absolument pas.
Le centre commercial lui-même est récent et rempli de fausses marques de luxe. Pour une Française, voir ça affiché comme des boutiques normales était franchement assez choquant 😅. Bien sûr, il n’y a aucune marque occidentale, mais beaucoup de contrefaçons (sacs, maroquinerie). Et pour mes lectrices : les manteaux de fourrure sont à la mode dans le Donbass.
De retour à la gare routière , j’ai découvert un système étrange : le panneau d’affichage ne montre pas les numéros de quai. À la place, les départs sont listés par numéro d’immatriculation du bus. Absolument pas pratique, on ne voit jamais ça en « Russie normale ».
Quand le monsieur qui vérifiait les billets a vu mon nom sur la liste, il a demandé : “Chto eto? Anglisky?” Quand j’ai dit français, il s’est illuminé : « Aaaah… ooouh ! » 🤣
Pour conclure ma demie journée dans le centre de Donetsk, j’ai tout de même vu quelques scènes moins sympas : de grands magasins totalement vides, quelques bâtiments criblés de balles, l’hôtel Victoria endommagé, des seaux d’eau d’urgence dans les toilettes publiques – rappel que les locaux vivent ainsi depuis 2014. Et ici et là, des hommes avec des membres manquants.
Je regrette un peu de ne pas être restée une nuit ; l’aller-retour depuis Rostov plus une journée de marche était assez fatigant, et passer la nuit sur place aurait rendu l’expérience plus simple.
Est-ce vraiment sécurisé d’aller à Donetsk en 2025 ?
Donetsk, comme toutes les zones proches de la ligne de front, n’est pas un endroit sûr. Les risques sont évidents : drones, bombardements, escalade soudaine, ou simplement se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Ce n’est pas une destination où l’on peut compter sur des conditions prévisibles.
Beaucoup de personnes m’ont conseillé de rester dans le district de Vorochilovski, en plein centre de Donetsk, et d’éviter le Kievski Raïon. Ce jour-là, la ville était calme, je ne me suis sentie mal à l’aise à aucun moment. J’ai pris très peu de photos pour des raisons évidentes, mais j’ai à peine vu de présence militaire : seulement quelques « boukhanka » aux camouflages assez curieux, et pas plus de policiers que dans n’importe quelle ville russe.
Pendant les quelques heures que j’ai passées là-bas, aussi bien sur la route que dans la ville, je ne me suis jamais sentie en danger. Le centre-ville, en journée, paraissait normal : des gens dans les rues, des cafés ouverts, des boutiques qui fonctionnent, des enfants qui jouent.
Mais rien de tout ça ne change la réalité : Donetsk reste une zone de conflit active, et vous devez la considérer comme telle. Une faible visibilité du danger ne signifie pas un faible risque.
Hébergement à Donetsk : les hôtels ouverts
On peut passer la nuit à Donetsk ; j’ai choisi de ne pas le faire.
En raison des sanctions et du statut politique de la région, aucun hôtel n’apparaît sur les plateformes occidentales (Booking, Expedia…) ni même sur les plateformes russes comme Ostrovok ou Yandex Travel.
Il faut donc réserver à l’ancienne : par téléphone, par email, ou en vous présentant directement.
Voici quatre hôtels qui, je confirme, fonctionnent en 2025, tous situés dans le district de Vorochilovski, en plein centre-ville :
• Atlas Hotel (ex-Ramada) – Le nom « Ramada » figure encore sur le bâtiment. À partir de 5500₽ la nuit.
• Donbass Palace – L’hôtel emblématique de la ville. Prix variables, mais généralement le plus haut de gamme.
• Park Inn (ex-Radisson) – Fonctionne toujours sous son ancien nom, sans la partie Radisson.
• Central Hotel – L’option la plus économique que j’ai trouvé. À partir de 3700₽ la nuit.
Les trois derniers semblent faire partie d’une chaîne appelée Donbass hotels, toutes les coordonnées sont disponibles sur le site, mais le module de réservation ne fonctionne pas.
Informations pratiques supplémentaires pour visiter Donetsk en 2025
• Visa
Pour visiter Donetsk en 2025, vous avez simplement besoin d’un visa russe valide, rien de plus.
Du point de vue russe, Donetsk, Lougansk et les zones de Zaporijia et Kherson contrôlées par la Russie sont considérées comme faisant partie de la Fédération de Russie. Donc :
– Aucun permis spécial n’est requis pour les étrangers.
– Aucun « visa Donbass » séparé n’existe.
Vous entrez dans ces zones exactement comme dans n’importe quelle région russe : avec un visa russe valide (touriste, affaires, privé). Pas besoin d’entrées multiples non plus, vous ne franchirez aucune frontière.
• Statut administratif de la région
La Russie a officiellement intégré les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk, ainsi que des parties des régions de Zaporijia et Kherson après les référendums de 2022. Elles sont désormais traitées comme des sujets fédéraux russes, chacun avec son code régional :
– République Populaire de Donetsk (RPD/DNR) – Code 80 – Statut administratif similaire à la Tchétchénie ou à d’autres républiques russes
– République Populaire de Lougansk (RPL/LNR) – Code 81 – Même statut administratif que la RPD
– Région de Zaporijia – Code 85
– Région de Kherson – Code 84
En 2025, la Russie compte 89 régions fédérales au total.
• Cartes SIM, internet & GPS
Les cartes SIM russes sont désormais standard à Donetsk, sans frais d’itinérance. Le Wi-Fi est disponible dans les restaurants et cafés. Oubliez le GPS : vous devrez lire les panneaux.
• Argent & paiements
Donetsk utilise le rouble russe depuis 2015, et c’est aujourd’hui la seule monnaie acceptée.
Contexte rapide :
– Les banques ukrainiennes ont fermé leurs agences à Donetsk dès mai 2014.
– La RPD a créé la Banque Républicaine Centrale en octobre 2014.
– Au printemps 2015, la plupart des transactions se faisaient déjà en roubles.
En pratique (2025) :
– Les cartes bancaires internationales ne fonctionnent pas (Visa/Mastercard étrangères).
– Les cartes russes MIR fonctionnent partout, sans frais.
Donc prévoyez des roubles en espèces ou une carte MIR.
• Checkpoints
Comme je l’ai dit au début, entre Rostov-sur-le-Don et Donetsk, le seul checkpoint que vous passerez est Matveïev Kourgan.
À l’intérieur du Donbass, sur la route de Donetsk : j’ai vu des soldats aux grands carrefours, mais ils n’ont arrêté ni mon bus ni les voitures, dans un sens comme dans l’autre.
J’ai lu des retours sur des chaînes Telegram russes évoquant des checkpoints internes supplémentaires entre les régions : par ex. Donetsk → Marioupol → Crimée.
Est-il éthiquement acceptable de visiter Donetsk aujourd’hui ?
Combien de temps faut-il attendre avant de visiter un endroit marqué par la guerre ? Il n’y a pas de réponse universelle. Pour moi, l’éthique du voyage est quelque chose de très personnel.
Aller à Donetsk n’avait rien à voir avec du voyeurisme ou une chasse aux bâtiments détruits. Je voulais simplement voir la réalité, loin des gros titres des médias mainstream, surtout dans une région où très peu de journalistes occidentaux travaillent sur place. Ceux qui le font depuis 2014 subissent souvent des pressions, sont accusés d’être des « propagandistes du Kremlin » simplement parce qu’ils rapportent ce qu’ils voient de l’autre côté, ou se retrouvent listés sur Myrotvorets, le site ukrainien qui référence les « personnes à abattre » considérées comme hostiles aux intérêts du pays (myrotvorets.center est une base de données publique, allez y jeter un œil).
Voyager dans des zones sensibles n’est pas automatiquement immoral. Tout dépend de la manière dont on le fait : avec respect, sans transformer un endroit complexe en spectacle, sans faire du sensationnalisme.
Un point rarement mentionné : l’Ukraine autorise des « tours immersifs sur la ligne de front » côté contrôlé par Kyiv, pour les étrangers. Tapez simplement “Ukraine frontline tours” sur Google.
De leur point de vue, que je peux comprendre même si je ne le partage pas, ils considèrent que « there’s nothing wrong with extreme war tourism » – il n’y a rien de mal au tourisme de guerre extrême.
Donc si c’est acceptable dans un sens, la question morale n’est clairement pas noire ou blanche. Pour moi, l’éthique dépend de l’intention, du comportement et du contexte, pas du côté de la frontière où l’on se trouve.
Ce blog m’appartient et je modère les commentaires comme je l’entends. Vous êtes libres de ne pas approuver mes choix de destination, c’est votre droit, mais ne perdez pas votre temps à débattre : je m’en contrefiche.
Paix aux habitants du Donbass.
- RPD : République Populaire de Donetsk – Aussi abrégé DNR en russe pour Donetskaïa Narodnaïa Respoublika ↩︎
- RPL : République Populaire de Lougansk – Aussi abrégé LNR en russe pour Louganskaïa Narodnaïa Respoublika↩︎ ↩︎






















