Visiter Smolensk en 24 heures : ma halte entre Minsk et Moscou

Visiter Smolensk en 24 heures : ma halte entre Minsk et Moscou


Pendant des années, Smolensk est restée dans un coin de ma tête. En tant que française fan d’histoire, je rêvais de visiter dans cette ville fortifiée si étroitement liée à la campagne Russie de Napoléon en 1812.

Mais à cause des restrictions frontalières entre la Biélorussie et la Russie, Smolensk n’avait jamais pu faire partie de mes itinéraires. Tout a changé avec la reconnaissance mutuelle des visas entre les deux pays et pendant mon dernier voyage, j’ai enfin pris un train de Minsk à Moscou et fait une halte de 24 heures à Smolensk.

Cathédrale de l’Assomption à Smolensk, Russie – architecture baroque turquoise sous un ciel bleu

TL;DR: Guide rapide de Smolensk

Y aller : train direct depuis Minsk (5h) ou Moscou (4h30), toutes les 1 à 2 heures.
Où dormir : Hôtel Pestrikov, dans un joli bâtiment du XVIIIe siècle restauré avec goût.
À goûter : lapoune (pancakes locaux au fromage blanc) et fruits confits.
À voir absolument : cathédrale de l’Assomption et remparts de la forteresse.

Arrivée à Smolensk : premières impressions de la forteresse de l’Ouest russe

Je suis arrivée par le train en fin de matinée. Il n’y a plus vraiment de frontière entre la Biélorussie et la Russie : seulement des forêts à perte de vue de chaque côté de la voie. Mon train Lastochka en provenance de Minsk a traversé ladite frontière à 130 km/h sans même ralentir.

Juste avant de quitter la gare, un beau soldat m’a courru après pour vérifier mon passeport et visa. Une photo rapide, et « Vsio« , c’était tout : le seul signe que j’avais changé de pays.

Une passerelle piétonne enjambe les voies pour descendre vers le fleuve Dniepr. La vieille ville se trouve juste de l’autre côté. Smolensk m’a accueillie sous un ciel gris, un vent froid, et un GPS complètement perdu qui me localisait à 50 km de là, en Biélorussie, conséquence du conflit russo-ukrainien.

La ville est ancienne, même selon les standards russes. Fondée il y a plus de mille ans, elle a été incendiée et assiégée par les Polonais, les Lituaniens, puis les Français… mais toujours reconstruite. Aujourd’hui, avec environ 330 000 habitants, Smolensk reste à taille humaine tout en gardant une vraie importance historique.

Depuis la gare, j’ai traversé le Dniepr jusqu’à l’hôtel Pestrikov, mon point de chute pour la nuit. Trop tôt pour le check-in, j’ai laissé mon sac à la réception. Installé dans un ancien hospice du XVIIIᵉ siècle, ce superbe bâtiment en briques rouges a été entièrement restauré et se trouve en plein centre-ville.

Entre la gare et l’hôtel, j’ai eu un premier aperçu de la grandeur passée de Smolensk : trolleybus, façades pastel, un mélange de charme impérial et de traces soviétiques.

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Balade dans l’histoire : remparts et cathédrale de l’Assomption

Smolensk est l’une des plus anciennes villes de Russie. Ses remparts du XVIIe siècle, qui comptés autrefois trente-huit tours, dominent encore la ville: stoïques et imposants. Aujourd’hui seules quelques tours subsistent, mais la muraille impressionne toujours.

Juste à côté se dresse la cathédrale de l’Assomption, perchée sur une colline et visible depuis presque partout en ville. C’est ici que se trouvait autrefois l’icône miraculeuse Notre-Dame de Smolensk, la fameuse Hodégétria. Selon la légende, elle aurait été portée à travers la Russie pendant l’invasion napoléonienne pour galvaniser les troupes. L’originale a disparu à l’époque soviétique, mais une réplique, retrouvée sous l’occupation allemande, trône aujourd’hui dans la cathédrale.

On raconte que Napoléon, impressionné par la beauté du lieu, a interdit à ses soldats de la piller ou de la détruire, sous peine de mort.

L’iconostase est l’une des plus impressionnantes que j’aie vues en Russie. Pas étonnant que Napoléon ait été fasciné : la cathédrale est magnifique, à l’intérieur comme à l’extérieur !

Je l’ai visitée un dimanche matin. Il n’y avait quasiment aucun touriste, seulement des locaux en prière. Des foulards et des jupes sont disponibles à gauche de l’entrée pour celles qui ne sont pas correctement couvertes.

Où manger à Smolensk : café coup de cœur et spécialités locales

Pour le déjeuner, je suis allée au Rousski Dvor, pour goûter le plat local incontournable : le lapoune, la version smolenskoise du syrniki (pancake au fromage blanc). Les miens étaient sucrés, servis avec une confiture de fruits rouges et de la smetana (crème aigre), accompagnés d’un thé à l’argousier (oblepikha tchaï), le tout pour 560₽ (~6€).

Le café se trouve en plein milieu du parc Blonié (ou parc Mikhaïl Glinka). Le compositeur est né dans la région et on peut entendre sa musique près de sa statue.

Roussky Dvor, qui signifie “cour russe”, vaut vraiment le détour : déco en bois sculpté, ambiance folklorique du sol au plafond, un vrai décor de conte slave. On s’attend presque à voir Baba Yaga sortir des cuisines ! La chanson Katyusha passait quand je suis entrée. C’est sans doute le café le plus russe où j’aie jamais mis les pieds.

Et bien sûr, impossible de quitter Smolensk sans goûter ses célèbres fruits confits, une spécialité du XIXᵉ siècle servie autrefois à l’impératrice Catherine II. Ces morceaux sucrés de pomme, cerise ou poire sont vendus un peu partout dans les boutiques de souvenirs. Mes préférés ? Ceux à la cerise.

L’après-midi : échos du passé et ombre de Napoléon

Le meilleur moyen de découvrir Smolensk, c’est à pied. J’ai longé le Dniepr, jusqu’aux ruines d’un vieux pont près d’un immense drapeau russe, puis suivi la rue Bolchaïa Sovietskaïa, bordée d’immeubles pastel pré-révolutionnaires.

Une statue de Koutouzov (le général qui a patiemment attendu que l’armée de Napoléon s’épuise d’elle-même) se dresse tout près de la cathédrale. Plus haut, la rue piétonne Lénina est parfaite pour flâner.

Ne manquez pas le couvent Sainte-Marie-Madeleine, un joli coin à deux pas du parc Blonié.

Un peu d’histoire : en 2019, une équipe d’archéologues franco-russe a retrouvé, dans le jardin Lopatinski, les restes du général Gudin, officier de Napoléon. Ses restes ont été rapatriés en France et inhumés avec les honneurs militaires aux Invalides en 2021, un rappel que, malgré les tensions diplomatiques actuelles, il existera toujours un lien entre la France et la Russie.

Au cœur du jardin se dresse le monument aux défenseurs de Smolensk (1812), devant lequel les habitants se signent encore en passant.

Passer la nuit dans un bâtiment historique : mon avis sur l’hôtel Pestrikov

Mon point de chute à Smolensk était l’hôtel Pestrikov, un superbe bâtiment en briques rouges du XVIIIᵉ siècle qui servait d’hospice, aujourd’hui magnifiquement restauré. Niché juste à côté d’un des remparts de la forteresse qui domine le Dniepr, l’endroit est à la fois central, plein de caractère et idéal pour un court séjour.

Ma chambre était spacieuse et calme, décorée avec soin, le genre d’endroit à la fois chargé d’histoire et très confortable. Le petit-déjeuner, servi au restaurant Lanin (l’un des meilleurs de la ville, paraît-il), était à la carte et inclus dans le prix de la chambre.

Le personnel était vraiment accueillant (même si personne ne parlait anglais), et offre un verre de Château Tamagne mousseux aux clients. Française oblige, je n’ai bien sûr pas refusé.

L’hôtel est étonnamment abordable : avec une réduction hors saison, une chambre double business avec petit-déjeuner m’est revenue à 55€ (tarif normal autour de 80€, ce qui reste un très bon rapport qualité-prix). Entre son charme historique, son confort et la gentillesse du service, c’est sans hésiter l’un de mes coups de cœur en Russie.

Si vous aimez les lieux pleins de charme, l’hôtel Pestrikov est une pépite. L’adresse parfaite pour rendre votre escale à Smolensk inoubliable.

Carte de mon itinéraire à Smolensk : incontournables, café & hôtel

Verdict : Smolensk vaut le coup ?

Absolument. Smolensk n’est pas une ville ultra-touristique comme celles de l’Anneau d’Or, et c’est justement ce qui fait son charme. C’est une ville profondément marquée par l’histoire.

Pour les voyageurs curieux des coins plus calmes de la Russie, c’est l’occasion parfaite de sortir des sentiers battus tout en restant proche de Moscou, une escapade idéale pour un week-end ou une étape entre Minsk et la capitale.

PS: Si vous avez plus de temps que moi (+ le temps était dégeu, je n’avais pas de carte SIM et mon GPS fonctionnait très aléatoirement), prenez le temps d’aller voir le Teremok de Talachkino. Ce domaine appartenait à la princesse Maria Tenicheva, artiste et mécène de l’art russe, et a été l’un des grands foyers artistiques de la fin du XIXᵉ au début du XXᵉ siècle.


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