Etant légèrement fascinée par les frontières et le Caucase, je voulais franchir la frontière entre le Nakhitchevan et la Turquie depuis très longtemps.
Le poste-frontière de Dilucu-Sadarak est le seul passage terrestre qui relie la Turquie à l’Azerbaïdjan, via la République autonome du Nakhitchevan. Il se trouve au carrefour de quatre pays : la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Iran et l’Arménie.
Cette frontière se situe à l’extrémité orientale de la Turquie, à la pointe nord-ouest du Nakhitchevan. Et elle offre un décor assez exceptionnel : le mont Ararat se dresse de façon spectaculaire au-dessus des plaines environnantes.
Dans ce guide, je vous explique comment j’ai franchi la frontière du Nakhitchevan vers la Turquie, combien j’ai payé et tout ce qu’il faut savoir avant de tenter le trajet vous-même.
J’ai effectué ce passage en juillet 2026, en voyageant du Nakhitchevan vers la Turquie avant de continuer en direction d’Iğdır et de Doğubeyazıt.

Le passage frontalier Dilucu-Sadarak en bref
| Côté azerbaïdjanais | Sadarak (Sədərək) |
| Côté turc | Dilucu |
| Ville la plus proche côté azerbaïdjanais | Sadarak |
| Ville turque la plus proche | Iğdır |
| Peut-on traverser à pied ? | Oui |
| Mon itinéraire | Nakhitchevan → Sadarak → Dilucu → Iğdır |
| Possible en 2026 ? | Dans un seul sens : du Nakhitchevan vers la Turquie |
La frontière Dilucu-Sadarak : la porte de sortie du Nakhitchevan vers la Turquie
Le poste-frontière de Dilucu-Sadarak est le seul passage terrestre entre la Turquie et l’Azerbaïdjan via le Nakhitchevan. Cette exclave azerbaïdjanaise est séparée du reste de l’Azerbaïdjan par la province arménienne du Syunik.
Pour le Nakhitchevan, ce passage est particulièrement important puisqu’il constitue la seule liaison terrestre directe de l’Azerbaïdjan avec la Turquie. La frontière longe le fleuve Araxe, avec la province turque d’Iğdır d’un côté et le district de Sadarak, au Nakhitchevan, de l’autre.
Peut-on franchir la frontière entre le Nakhitchevan et la Turquie en 2026 ?
Oui, mais pour les voyageurs étrangers, uniquement dans un sens : du Nakhitchevan vers la Turquie.
Depuis 2020, les ressortissants de pays tiers qui ne sont pas citoyens azerbaïdjanais ne peuvent pas entrer en Azerbaïdjan par voie terrestre depuis la Turquie, la plupart des frontières terrestres de l’Azerbaïdjan restant fermées à l’entrée. La même restriction s’applique à la frontière terrestre du Nakhitchevan, et les citoyens turcs ne peuvent pas non plus l’emprunter pour entrer au Nakhitchevan.
Selon les autorités azerbaïdjanaises, la fermeture des frontières terrestres à l’entrée devrait se poursuivre au moins jusqu’en octobre 2026.
Comment aller de Nakhitchevan-ville à la frontière de Sadarak ?
En 2026, aucun bus ne relie Nakhitchevan aux postes-frontières de Dilucu-Sadarak, ni ne poursuit son trajet vers la Turquie. Les bus qui assuraient cette liaison internationale jusqu’en 2020 appartenaient à des compagnies de bus turques et non azerbaïdjanaises ; ils ne sont plus autorisés à faire des allers-retours vers le Nakhitchevan.
Ma source : la charmante petite dame de la gare routière de Nakhitchevan et le chauffeur de taxi bien renseigné qui m’a conduite jusqu’à la frontière.
Puisqu’il n’y avait plus de bus pour rejoindre la frontière, j’ai réservé un taxi partagé la veille de mon passage.
Les taxis – des voitures ordinaires avec de grands coffres – stationnent juste devant la gare routière de Nakhitchevan. Vous pouvez trouver l’emplacement exact ici.
Le trajet entre Nakhitchevan et la frontière de Sadarak prend environ 1 heure pour une distance d’environ 80 km. Je suis partie à 6h du matin et suis arrivée à la frontière vers 7h. 30 AZN par personne.
Si vous prévoyez de faire le même trajet, je vous conseille de réserver votre transport la veille plutôt que de simplement vous présenter à la gare routière le matin même. En été, les départs ont tendance à être très matinaux, à la fois à cause de la chaleur et parce que certains passagers poursuivent leur trajet assez loin en Turquie.
Mon chauffeur m’a d’ailleurs proposé de m’emmener directement jusqu’à Iğdır. Il demandait 120 AZN pour deux passagers, mais m’a assuré que je n’aurais aucun mal à trouver un moyen de transport pour continuer mon trajet côté turc et il avait raison.
Comment aller de la frontière de Dilucu à Iğdır ?
Une fois les formalités frontalières turques terminées, c’est relativement facile de rejoindre Iğdır.
Un garde-frontière m’avait indiqué qu’un bus pour Iğdır devait arriver à 8h (il était environ 7h, heure turque). En attendant, j’ai changé de l’argent auprès d’un monsieur Azerbaïdjanais installé juste à l’extérieur de la zone des douanes (détails plus bas) et il m’a lui aussi confirmé qu’un « grand bus » était attendu.
Finalement, vers 8h20, c’est un petit dolmuş qui est arrivé. Le monsieur m’a dit de monter, s’est occupé de tout avec le chauffeur et me voilà en route. Le trajet était direct. J’ai payé 300 TL et suis arrivée à Iğdır vers 9h30, heure turque.
Il n’y avait pas de taxis qui attendaient côté turc lorsque j’ai franchi la frontière. Quelques voitures et minibus transportaient des personnes vers le poste de Sadarak, mais ils semblaient surtout les déposer avant de faire demi tour.
À un moment, un énorme véhicule militaire a klaxonnait sans arrêt pour que tout le monde se pousse, avec un succès assez limité, vu le temps qu’il a passé à klaxonner. Le côté turc est assez chaotique et donne déjà un bon aperçu de ce qui vous attend dans cette partie du pays.
Je me suis finalement retrouvée serrée à l’arrière du dolmuş, à côté du seul passager qui parlait russe : un vieux monsieur Azerbaïdjanais. Il ne semblait pas particulièrement sympathique au premier abord, mais on a fini par discuter (enfin surtout lui) pendant tout le trajet jusqu’à Iğdır.
En fait, tout le monde s’est montré incroyablement serviable. Le chauffeur m’a demandé où je voulais descendre et, lorsque je lui ai expliqué que je continuais vers Doğubeyazıt, il m’a déposée juste devant la bonne station de dolmuş pour Doğubeyazıt.
Honnêtement, tout le voyage a été très simple, essentiellement grâce aux personnes qui m’ont aidée.
Changer de l’argent à la frontière
Juste après les douanes turques, sur la droite, vous trouverez un petit bureau de change improvisé : une table et un parasol plutôt qu’un véritable bureau de change. Ils achètent/vendent également des cigarettes.
L’Azerbaïdjanais qui m’a aidée à trouver le bus travaille là (semble-t-il). Il portait un gilet sans manches kaki, était très bronzé et parlait russe. Il avait l’air un peu intimidant au premier abord, mais il s’est montré très gentil et m’a aidée à trouver le minibus pour rejoindre Iğdır.
Il avait principalement des manats azerbaïdjanais et seulement une quantité limitée de livres turques à cette heure assez matinale. Mais dans mon cas, il en avait suffisamment pour changer mon argent.
Il y a également un distributeur automatique de billets à l’intérieur du bâtiment des douanes, où vous pouvez retirer des livres turques. Attention aux frais et commissions (très élevés dans mon cas) appliqués aux cartes bancaires étrangères!
Combien de temps faut-il pour aller de Nakhitchevan à Iğdır ?
Je suis partie de Nakhitchevan à 6h du matin et suis arrivée à Iğdır à 9h30, heure turque.
La frontière elle-même se trouve à environ une heure de route, soit 80 km, de la ville de Nakhitchevan. On est arrivés vers 7h et les formalités côté azerbaïdjanais ont pris environ 30 minutes.
Après l’immigration, j’ai traversé à pied le no-man’s land entre les deux postes-frontières, jusqu’aux contrôles turcs. La balade m’a pris environ 15 minutes.
Vous n’êtes pas obligé de marcher si vous ne voulez pas : des voitures (ou des camions, voir photo juste en dessous …) transportent les voyageurs d’un poste à l’autre. Mais je vous recommande vraiment de marcher. Il y a une vue imprenable sur le mont Ararat, et le voir baigné par la lumière du petit matin était absolument magnifique !
Le passage côté turc a été extrêmement rapide. J’ai ensuite attendu environ une heure pour prendre un transport vers Iğdır.
Je suis finalement arrivée à Iğdır à 9h30, heure turque, soit une heure de moins qu’au Nakhitchevan. Au total, le trajet entre Nakhitchevan et Iğdır m’a pris 4h30
Combien coûte le trajet entre Nakhitchevan et Iğdır ?
| Trajet | Transport | Prix |
| Nakhitchevan → frontière de Sadarak | Taxi partagé | 30 AZN (~15€) |
| Frontière de Dilucu → Iğdır | Dolmuş | 300 TL (~5€) |
Continuer d’Iğdır à Doğubeyazıt
Depuis Iğdır, j’ai continué vers le sud en direction de Doğubeyazıt, où j’ai passé un peu de temps à explorer la ville et le spectaculaire palais d’Ishak Pacha.
Si vous faites le même trajet, demandez simplement à votre chauffeur de vous déposer à la bonne station de dolmuş pour Doğubeyazıt, près de Rus Bazar. Le trajet d’Iğdır à Doğubeyazıt coûte 200 TL.
Je vous recommande de prendre le dolmuş plutôt qu’un gros bus lorsque c’est possible. Les dolmuş sont en quelque sorte l’équivalent turc des marshrutkas et partent depuis les centres-ville plutôt que des gares routières, qui peuvent se trouver à plusieurs kilomètres hors de la ville.
Conclusion
La possibilité de marcher entre les deux postes-frontières avec une vue de dingue sur le mont Ararat était l’une des principales raisons pour lesquelles je voulais franchir cette frontière terrestre, et elle a largement tenu ses promesses.
Le paysage était spectaculaire et, honnêtement, c’est l’une des plus belles frontières terrestres que j’ai traversées dans le Caucase, avec celle de Verkhny Lars-Kazbegi.
Si, comme moi, vous aimez traverser les frontières terrestres et que vous voyagez au Nakhitchevan, je vous recommande vraiment de franchir la frontière de Dilucu-Sadarak. Rien que pour les paysages, le détour en vaut la peine.
Bon voyage, et iyi yolculuklar !
📌 D’autres guides sur l’Azerbaïdjan arrivent bientôt
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