Caucase turc : itinéraire de Kars à Ani, en passant par le mont Ararat

Caucase turc : itinéraire de Kars à Ani, en passant par le mont Ararat

L’extrême est de la Turquie est l’une des régions les moins visitées du pays, et pourtant l’une des plus fascinantes. Pendant mon voyage à travers le Caucase, de Nakhitchevan à Grozny, j’ai traversé l’extrême est de l’Anatolie : de vastes plateaux, des montagnes enneigées, des villes kurdes, une architecture héritée de la période russe et des ruines médiévales arméniennes éparpillées le long d’une frontière fermée depuis plus de trois décennies.

J’étais déjà passée dans cette région il y a plusieurs années, mais à l’époque mon timing était trop serré pour vraiment l’explorer – de Maslenitsa à Moscou à Nowruz à Akre, au Kurdistan irakien – alors cette fois, c’était enfin l’occasion de prendre le temps de la découvrir.

Pendant plusieurs jours, j’ai voyagé de la frontière avec le Nakhitchevan à Doğubeyazıt, Kars et Ani, avant de continuer vers le nord en direction de la Géorgie. Sur la route, j’ai visité le palais d’Ishak Pasha, digne d’un conte de fées, vue la silhouette enneigée du mont Ararat (Ağrı Dağı), qui domine l’horizon depuis presque toutes les directions, et les monuments arméniens médiévaux d’Ani, à quelques mètres seulement de la frontière arménienne.

Si vous préparez un voyage dans l’est de la Turquie, ou si vous êtes simplement curieux de découvrir ce coin fascinant du pays que j’aime appeler le Caucase turc, cet article rassemble les étapes de mon itinéraire, des informations pratiques pour voyager dans la région et les endroits qui m’ont le plus marquée.

Paysage du Caucase turc dans l’est de la Turquie, avec un itinéraire reliant Kars, les ruines d’Ani et les paysages du mont Ararat près de la frontière.

Aux confins de la Turquie : Doğubeyazıt, le palais d’Ishak Pasha et le mont Ararat

La dernière fois que je suis venue dans cette partie de la Turquie, j’avais fini je ne sais comment (si, je sais) par boire un thé et manger des baklavas avec les services secrets turcs. Aussi sympathiques qu’ils aient été, je n’avais pas spécialement envie de renouveler l’expérience cette fois-ci, alors j’ai soigneusement préparé mon itinéraire.

Pour ce voyage, ma première étape a été Doğubeyazıt, une ville à majorité kurde située à quelques dizaines de kilomètres seulement de la frontière iranienne. Installée au pied de l’Ağrı Dağı, plus connu sous le nom de mont Ararat, la plus haute montagne de Turquie, c’est également la base la plus pratique pour découvrir l’un des sites les plus spectaculaires de la région : le palais d’Ishak Pasha.

Doğubeyazıt n’est pas exactement ce que j’appellerais une jolie ville. Elle est bruyante, poussiéreuse et plutôt chaotique, avec pas mal de rues inachevées ou non goudronnées. Mais j’ai en réalité beaucoup aimé y passer une nuit. Le centre est vivant, les gens étaient très sympathiques et serviables (je n’en attendais pas moins des Kurdes de toute façon), et la ville possède une atmosphère « très locale » qu’on ne retrouve pas dans les destinations touristiques de l’ouest du pays.

Et puis il y a l’Ararat. La montagne domine complètement le paysage autour de Doğubeyazıt, même si son sommet est souvent caché par les nuages. J’ai eu la chance de le voir entièrement dégagé, et c’est vraiment un spectacle impressionnant.

Doğubeyazıt est une base très pratique pour explorer la région, notamment parce que les minibus permettent de se déplacer très facilement. J’ai séjourné à l’Ararat Hotel, en plein centre-ville, juste à côté de la rue piétonne İnegöl Caddesi, où l’on trouve de nombreux petits restaurants, döner, salons de thé et distributeurs de billets. À noter : la vue sur l’Ararat est incroyable si vous passez la tête par-dessus le balcon.

Ma soirée du samedi a été beaucoup plus animée que prévu : un cortège de mariage kurde est passé dans la ville, avec des voitures décorées et des mecs qui dansaient à l’intérieur, puis d’autres gens dansaient sur la place juste sous ma fenêtre. Ce n’était pas exactement une nuit tranquille (avec mes boules quies si), mais c’était certainement mémorable !

Visiter le palais d’Ishak Pasha

La principale raison pour laquelle la plupart des voyageurs viennent à Doğubeyazıt est le palais d’Ishak Pasha, un spectaculaire complexe palatial construit aux XVIIe et XVIIIe siècles, perché sur une colline au-dessus de la ville.

Pour y aller, c’est très simple. Sur la place, en face de l’Ararat Hotel et juste en face du Eastwhite coffee shop, cherchez les minibus verts qui se dirigent vers le palais. J’ai payé 25 TL par trajet et le minibus m’a déposée directement au pied du site en moins de 20 minutes.

J’y suis allée un samedi après-midi début juillet, donc il y avait pas mal de visiteurs locaux, notamment un couple venu faire ses photos de mariage. Malgré le monde, j’ai été agréablement surprise par l’état d’entretien du palais.

Le minibus va jusqu’au bout de la route et s’arrête à côté de l’Ahmed-i Hani Türbesi, le tombeau du savant et poète kurde Ahmed-i Hani, en accès libre et gratuit. De là, vous pouvez continuer à pied en descendant vers l’Eski Bayezıd Cami, une ancienne mosquée malheureusement fermée lors de ma visite, avant de terminer au palais d’Ishak Pasha.

L’architecture est réellement impressionnante, avec des sculptures et des détails en pierre très élaborés dans tout le complexe. Certaines pièces sont aujourd’hui protégées par des toitures vitrées, qui permettent de voir les intérieurs tout en les protégeant des intempéries. Il y a également une mosquée à l’intérieur du palais que l’on peut visiter. Mesdames, prévoyez un foulard pour vous couvrir la tête.

Une petite déception tout de même : malgré sa position spectaculaire, on ne voit pas le mont Ararat depuis le palais d’Ishak Pasha.

Se déplacer à Doğubeyazıt et informations utiles

Doğubeyazıt → Iğdır : 200 TL en dolmuş. Ils partent une fois plein.
Doğubeyazıt → palais d’Ishak Pasha : 25 TL par trajet en minibus vert.
Hébergement : j’ai séjourné à l’Ararat Hotel, que je recommande ; la jeune réceptionniste Yıldız est très sympathique et de bons conseils.
Restaurant : mangez des Abdigör Köftes, le plat emblématique de la ville, à l’Ergül’ün Mutfağı : service extra !
• On voit souvent Doğubeyazıt abrégé en D. Beyazıt sur les bus et à la gare routière.

Comment aller de Doğubeyazıt à Kars via Iğdır

Si, comme moi, vous voyagez dans l’extrême est de la Turquie en transports en commun, le trajet de Doğubeyazıt à Kars est assez simple, même s’il faut changer à Iğdır.

1. Doğubeyazıt → Iğdır en dolmuş
Il y a des dolmuş (l’équivalent turc des marshrutka) entre Doğubeyazıt et Iğdır, et le point de départ est ici sur Google Maps. Le trajet coûte 200 TL.

Ces dolmuş ne semblent pas suivre d’horaires précis : ils partent lorsqu’ils sont pleins. J’ai voyagé un dimanche matin et j’ai attendu environ 45 minutes que le mien se remplisse. On a finalement quitté Doğubeyazıt vers 10h20, donc si vous arrivez tôt, vous aurez peut-être la chance d’en trouver un prêt à partir plus rapidement.

Le trajet en lui-même était superbe. Le long de la route on voit des maisons traditionnelles de villages construites en pierre et des tas de kiziyak, des blocs de fumier séché utilisés comme combustible pour se chauffer pendant l’hiver. Et bien sûr, il y avait le mont Ararat en arrière-plan, même si son sommet était caché par les nuages ce matin-là. J’avais eu la chance de le voir entièrement dégagé la veille.

Il y a également un poste de contrôle de la Jandarma près de l’université d’Iğdır. Lors de mon trajet de Doğubeyazıt à Iğdır, le dolmuş a été arrêté et l’agent a contrôlé les papiers de chaque passager. J’ai remarqué ce contrôle en allant vers Iğdır, mais je n’ai pas eu le même contrôle dans l’autre sens la veille.

2. Iğdır → Kars en bus
À Iğdır, vous pouvez continuer vers Kars dans un petit bus (et non un dolmuş). J’ai payé 400 TL pour mon billet.
Lorsque j’ai voyagé, il y avait cinq départs par jour, approximativement à : 8h00 ; 10h00 ; 12h00 ; 14h00 ; 17h00. Les horaires peuvent évidemment changer, alors vérifiez-les sur place, particulièrement si vous voyagez hors saison.

Le guichet où j’ai acheté mon billet est géré par Serhat Iğdır, ici sur Google Maps. Il se trouve juste à côté d’un salon de thé : si vous avez du mal à le trouver, n’hésitez pas à demander aux gens qui boivent leur çay. Les deux points de départ pour Doğubeyazıt et Kars sont à seulement cinq minutes à pied l’un de l’autre, mais mon précédent chauffeur m’y a déposée directement.

Le personnel du guichet était très sympathique et le jeune homme à qui j’ai eu affaire parlait anglais. Mon bus est parti exactement à l’heure prévu et les numéros de siège étaient directement inscrits sur les sièges. Le trajet jusqu’à Kars a duré environ deux heures. La route monte à travers les hauts plateaux entre Iğdır et Kars, et mon petit bus a eu un peu de mal dans certaines montées !

Voyageuses solo : j’ai trouvé les trajets dans l’est de la Turquie très comfortables en tant que femme voyageant seule. Dans ce petit bus, les femmes ont les places à l’avant et, dans les autres dolmuş, on peut simplement demander à s’asseoir devant à côté du chauffeur : on m’a dit oui à chaque fois.

Guide de Kars : échos russes sur les hauts plateaux d’Anatolie

Après avoir quitté Doğubeyazıt, j’ai continué vers le nord en direction de Kars, en traversant les hauts plateaux autour d’Iğdır et de Digor. Le paysage change progressivement lorsque l’on remonte sur le plateau anatolien, et Kars donne une impression très différente des villes plus au sud.

Si Doğubeyazıt possède une identité nettement kurde, Kars porte une empreinte caucasienne et russe beaucoup plus forte. La ville est restée sous domination russe de 1878 à 1918, seulement 40 ans, mais suffisamment longtemps pour laisser une empreinte très visible sur son architecture, son urbanisme et même certains noms que vous rencontrerez. Les Russes ont reconstruit une partie de la ville avec de larges rues et des bâtiments en pierre basalte, et inspirés de l’architecture balte.

Kars n’est pas une ville qui vous submerge immédiatement de sites touristiques incontournables. À mon avis, son intérêt réside davantage dans le fait de s’y promener, d’observer les vieux bâtiments en pierre, de monter vers le château et de remarquer les différentes couches d’histoire qui s’y superposent.

J’avais découvert Kars une première fois en hiver, lorsque les bâtiments en basalte sombre et le ciel gris donnaient à la ville une atmosphère plutôt déprimante. Revenir en été a été une expérience complètement différente. Sous un ciel bleu, avec les terrasses des cafés et restaurants et les gens assis dehors, Kars m’a semblé beaucoup plus vivante et agréable.

Que voir et que faire à Kars ?

• Le château de Kars
Installé au-dessus de la ville, le château de Kars (Kars Kalesi) est évidemment un bon point de départ. La forteresse possède une histoire longue et complexe, mais pour moi, ce sont surtout les vues qui valent la montée. Depuis le sommet, on comprend mieux la position de Kars sur le plateau anatolien et on peut observer le mélange de bâtiments historiques, de mosquées et de constructions plus récentes.

En montant, ne foncez pas directement vers le château. Vous passerez devant plusieurs bâtiments intéressants, notamment la mosquée Evliya, léglise des Douze Apôtres (On İki Havariler Kilisesi) et le Taş Köprü, l’ancien pont de pierre qui traverse la rivière.

L’église des Douze Apôtres est particulièrement intéressante car son histoire reflète les différentes couches de Kars. Construite à l’origine comme une église arménienne au Xe siècle, elle a ensuite été transformée en mosquée, puis utilisée comme église orthodoxe russe pendant la période russe, avant de redevenir la mosquée Kümbet aujourd’hui.

• Découvrir l’architecture de Kars datant de la période russe
Ce que j’ai probablement préféré à Kars, c’est simplement me promener dans la ville à la recherche de ses bâtiments de l’époque russe. En allant vers Atatürk Caddesi et les rues alentour on peut voir de nombreux bâtiments en pierre construits pendant la période russe. Les rues larges et parfaitement rectilignes donnent une impression étonnamment différente des rues un peu chaotiques que l’on rencontre ailleurs dans cette partie de la Turquie.

Et puis il y a les références russes disséminées dans la ville. Vous croiserez par exemple des endroits portant les noms de Pouchkine et Raskolnikov, un rappel assez surréaliste que cette partie de la Turquie actuelle a autrefois appartenu à l’Empire russe.

L’architecture est particulièrement intéressante car elle ne ressemble pas à ce que l’on imagine généralement comme étant turc. Beaucoup de bâtiments sont construits avec du basalte local soigneusement taillé et suivent le plan en damier établi pendant la période russe. Le gouvernorat de Kars recense actuellement environ 190 bâtiments protégés appartenant à ce patrimoine architectural.

Ne manquez pas la mosquée Fethiye
Un bâtiment a particulièrement attiré mon attention : la mosquée Fethiye (Fethiye Camii). Elle a été construite à l’origine comme l’église Alexandre-Nevski, une église orthodoxe destinée aux soldats cosaques russes stationnés à Kars après la prise de la ville par les Russes. Elle a ensuite été transformée en mosquée.

Ce qui la rend particulièrement étrange aujourd’hui, c’est la combinaison de la structure orthodoxe russe originale et des ajouts islamiques réalisés par la suite. Les coupoles à bulbe d’origine ont été supprimées et des minarets ont été ajoutés, donnant naissance à un bâtiment qui ne ressemble ni vraiment à une église orthodoxe russe classique ni à une mosquée turque traditionnelle.

Honnêtement, c’est probablement l’un des bâtiments les plus étranges que j’ai vus dans la ville, et il vaut absolument le détour si l’histoire russe de Kars vous intéresse.

Où dormir à Kars ?

Sur la recommandation d’une connaissance, j’ai séjourné au Kent Ani Hotel, que j’avais choisi principalement pour son prix et son emplacement central, et j’y retournerais volontiers.

Malgré le fait que quelqu’un ait clairement fumé dans la chambre avant mon arrivée, le lit était confortable et tout le personnel était particulièrement sympathique. L’hôtel se trouve à environ 10 minutes à pied du château de Kars et des principales rues bordées de restaurants et de cafés. Il est également à moins de 10 minutes de l’arrêt de bus pour Ani, ce qui le rend particulièrement pratique.

Que manger à Kars ?

Ne quittez pas Kars sans goûter à la cuisine locale. La gastronomie reflète la position de la ville au carrefour des influences anatoliennes et caucasiennes, et certains plats m’ont semblé étonnamment familiers après avoir voyagé dans d’autres régions du Caucase.

Deux adresses que je recommande particulièrement :

1. Hanımeli Kars Mutfağı
Ce restaurant est spécialisé dans la cuisine régionale et j’y suis allée spécialement pour goûter au Gafil Gonah, un dessert traditionnel de Kars qui serait d’origine azerbaïdjanaise, mais que je n’avais jamais rencontré ailleurs, même pas en Azerbaïdjan.
Il est servi chaud et préparé avec du miel et plusieurs épices différentes. La serveuse m’a expliquée qu’il fallait un certain temps pour le préparer, alors ne le commandez pas en vous attendant à recevoir votre dessert immédiatement. Le mien était apparemment prévu pour quatre personnes. Comme je suis gourmande, j’en ai mangé environ la moitié toute seule et j’ai emporté le reste.
C’est délicieux : sucré, riche, chaud et très épicé, et certainement l’un des desserts les plus inhabituels que j’aie rencontrés au cours de mes voyages. Si vous voyez Gafil Gonah sur la carte, goûtez-y absolument.

2. Aşhana
Pour quelque chose de plus salé, rendez-vous chez Aşhana, un restaurant situé à l’écart du centre touristique. C’est là que j’ai goûté au hıngel (ou hangel), un plat officiellement reconnu comme faisant partie de la cuisine traditionnelle de Kars.

Il est composé de petits morceaux de pâte servis avec du yaourt à l’ail et des oignons revenus au beurre. Ça m’a rappelé les khinkal au Daghestan, sans la viande, ou le macarona bil laban du Levan, un peu comme un mélange des deux. La version de Kars est très simple et extrêmement, mais alors extrêmement aillée. Donc si vous avez prévu une soirée romantique, commandez peut-être autre chose. La portion était énorme, mais après avoir arpenté les ruines d’Ani, elle était rassasiante et c’était vraiment délicieux.

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Les ruines d’Ani : visiter l’ancienne capitale médiévale de l’Arménie, la « ville aux 1 001 églises »

Ani est souvent présentée comme si sa disparition était récente ; la grande majorité des blogs et vlogs que j’ai consultés avant ma visite la présentaient de cette façon. C’est faux si ça laisse entendre qu’Ani est restée sous la souveraineté d’un État arménien jusqu’à son abandon.

Ani a cessée d’être sous la domination d’un État arménien au milieu du XIe siècle – petit rappel : nous sommes au XXIe siècle. Plus tard, au XIIIe siècle, alors que la ville était sous domination géorgienne, elle était administrée par des princes arméniens, notamment la dynastie Zakarian (Mkhargrdzeli). Mais il ne s’agissait pas d’un État arménien indépendant.

Cette nuance historique est importante, notamment parce que l’histoire d’Ani continue d’être interprétée très différemment selon la personne qui la raconte. Ce qui ne fait aucun doute, c’est qu’Ani a autrefois été l’une des villes les plus importantes du Caucase médiéval, et se promener aujourd’hui au milieu de ses ruines est une expérience assez extraordinaire.

Le site est immense, mais à un rythme normal, vous pouvez voir les principaux monuments en environ deux heures. Si vous avez votre propre véhicule et davantage de temps, je vous recommande vraiment de ralentir et d’explorer davantage.

L’une des choses qui m’a surprise est qu’Ani Castle (Ani Kalesi) n’est désormais plus interdit d’accès. J’ai pu monter jusqu’au château et profiter de vues sur les ruines, la gorge et le côté arménien de la frontière.

La rivière Arpaçay – appelée rivière Akhourian du côté arménien – coule dans la gorge en contrebas d’Ani et forme une partie de la frontière actuelle entre la Turquie et l’Arménie. Depuis les ruines, on voit clairement le côté arménien, où des travaux de construction étaient en cours au moment de ma visite. On peut également apercevoir des grottes creusées dans les falaises.

Pour moi et mon obsession des frontières, l’un des endroits les plus fascinants était ce qu’il reste du pont de la Route de la Soie, qui reliait autrefois les deux rives de la rivière. Le pont faisait partie des routes commerciales reliant Ani au reste du Caucase et à l’Anatolie. La Turquie et l’Arménie auraient convenu de restaurer ce pont historique comme geste de bonne volonté entre les deux pays.

Malgré ma visite début juillet, les paysages autour d’Ani étaient étonnamment verts. Des fleurs sauvages recouvraient le plateau et j’ai même aperçu un Souslik du Caucase, un écureuil terrestre qui ressemble à une mini marmotte. Ça rendait l’endroit beaucoup plus vivant que les photos hivernales assez austères d’Ani que j’avais vues en ligne.

Mon itinéraire à pied dans Ani

Plutôt que de me diriger directement vers la cathédrale d’Ani, comme semblaient le faire la plupart des visiteurs, j’ai décidé de faire une sorte de boucle et de commencer par explorer certains des monuments moins évidents.

J’essayais surtout d’éviter les groupes de mon bus, et ça s’est finalement révélé être une excellente décision.

J’ai utilisé Yandex Maps (et des guides papier) pour préparer mon itinéraire, car j’ai trouvé que davantage de monuments y étaient indiqués que sur Google Maps. J’ai d’abord tourné à droite vers le palais seldjoukide, avant de continuer vers les imposants vestiges de Saint-Grégoire de Gagik. Très peu de l’église subsiste aujourd’hui, mais l’immense base circulaire et les fragments de ses colonnes cylindriques donnent une idée de la taille de l’édifice. J’espère vraiment que de futurs travaux de conservation permettront de préserver et peut-être de reconstruire partiellement ce qu’il en reste.

De là, j’ai continué vers la mosquée Ebul Menuçehr, qui offre l’un des meilleurs points de vue sur la gorge et d’où l’on peut voir les vestiges du pont de la Route de la Soie. Se tenir là et regarder les restes d’un pont qui reliait autrefois les deux pays est assez étrange.

J’ai ensuite continué vers le château d’Ani puis la cathédrale d’Ani, qui est aussi impressionnante que je l’espérais. Lorsque je suis arrivée, la plupart des autres visiteurs de mon bus étaient déjà partis, donc mon choix de faire le tour du site dans ce sens s’est avéré payant.

Depuis la cathédrale, j’ai continué vers l’église de Tigran Honents (Saint-Grégoire l’Illuminateur), qui est finalement devenue mon monument préféré à Ani. L’intérieur possède encore des fresques remarquablement bien conservées, dont les couleurs et les personnages sont encore très visibles. Malheureusement, des idiots ont également gravé leurs noms sur les murs. J’espère vraiment que des travaux de conservation seront entrepris rapidement pour protéger ces peintures avant que davantage de dégâts ne soient causés par le temps ou des imbéciles.

De là, je suis progressivement revenue vers l’entrée, en m’arrêtant devant plusieurs autres ruines en chemin.
Si vous avez votre propre moyen de transport, prévoyez clairement plus de deux heures pour Ani. Il y a beaucoup plus à voir que la seule cathédrale, et une partie de l’expérience consiste simplement à marcher dans cet immense paysage et à essayer d’imaginer à quoi ressemblait la ville lorsqu’elle était l’un des grands centres du Caucase médiéval.

Comment visiter Ani depuis Kars ?

Visiter Ani depuis Kars de manière indépendante est tout à fait possible sans voiture. Des bus quotidiens relient Kars au site archéologique pendant la haute saison (vérifiez les horaires si vous venez hors saison). Je vous conseille d’arriver tôt à l’arrêt de bus pour Ani à Kars, idéalement vers 8h30. Le trajet dure environ une heure et mon bus était plein à craquer.

Lorsque j’y suis allée en juillet 2026, un aller-retour coûtait 110 TL par personne. Le chauffeur de bus n’accepte pas les espèces : paiement par carte uniquement !

L’entrée d’Ani coûte 430 TL, soit environ 8€ au moment de ma visite. Contrairement au bus, le billet d’entrée peut être payé par carte ou en espèces, mais les paiements en espèces doivent évidemment être effectués en livres turques.

Ne sous-estimez surtout pas le temps nécessaire pour visiter Ani ! C’est probablement la seule chose que je changerais si je devais refaire ce trajet. Le bus retour pour Kars partait à 12h45 précises et n’attend pas les retardataires (le chauffeur était très clair là-dessus). Comme le site est beaucoup plus vaste qu’il n’en a l’air sur une carte, je me suis retrouvée à surveiller l’heure vers la fin de ma visite.

J’ai réussi à voir les principaux monuments, mais j’aurais vraiment aimé avoir une heure ou deux de plus pour explorer les parties les plus éloignées du site sans penser constamment au bus du retour.

Donc, si vous visitez Ani de manière indépendante, gardez bien un œil sur l’heure de départ et ne partez pas vers l’extrémité du site avant d’être certain.e d’avoir suffisamment de temps pour revenir à pied jusqu’à l’entrée. Si vous avez votre propre véhicule, profitez clairement de cette liberté et passez beaucoup plus de temps à Ani.

Informations pratiques, adresses et prix à Kars et Ani

Où dormir : Hotel Kent Ani, une option centrale et pratique.
Où manger : Hanımeli Kars Mutfağı, pour goûter à la cuisine régionale de Kars et au Gafil Günah. Autre restaurant local : Aşhana, où j’ai goûté au hıngel/hangel.
Kars → Ani : l’arrêt de bus est indiqué ici sur Google Maps, il est situé juste en face du musée Gazi Ahmet Muhtar Pasha. Je recommande d’arriver tôt en haute saison, car le bus peut rapidement être complet. Il quitte Kars à 9h et Ani à 12h45. 110 TL aller-retour ; entrée d’Ani 430 TL (~8 €).

Mon itinéraire dans l’est de la Turquie : 4 jours de Nakhitchevan à la Géorgie

Voici un aperçu rapide de l’itinéraire que j’ai suivi :
Jour 1 : Nakhitchevan → frontière de Sadarak/Dilucu → Iğdır → Doğubeyazıt
Jour 2 : Doğubeyazıt → Iğdır → Kars
Jour 3 : Kars → Ani → Kars
Jour 4 : Kars → Ardahan → Posof → frontière de Türkgözü → Vale → Géorgie

Je suis entrée en Turquie par le poste-frontière de Sadarak-Dilucu, qui relie la région autonome azerbaïdjanaise du Nakhitchevan à la province turque d’Iğdır.

Pour rejoindre la Géorgie, j’ai continué via Ardahan et Posof jusqu’au poste-frontière de Türkgözü-Vale. Cet itinéraire nécessite plusieurs correspondances, mais il est faisable.

Informations pratiques pour voyager dans l’est de la Turquie

Je ne vais pas prétendre connaître la Turquie sur le bout des doigts, ça n’est pas le cas. J’ai voyagé plusieurs fois dans le pays, mais mon expérience concerne principalement les voyages indépendants et par voie terrestre. Voici ce qui m’a été utile pendant mon séjour dans l’extrême est turc.

Comment voyager dans l’est de la Turquie sans voiture ?

C’est absolument possible. J’ai parcouru toute la région en transports en commun et j’ai trouvé ça très facile.
Les dolmuş (prononcez dolmouche) sont l’équivalent turc des marshrutka. Il y en a partout et ils sont particulièrement pratiques pour les trajets courts entre les villes. Je les recommande d’ailleurs plutôt que les grands bus : ils partent des centres-ville plutôt que d’une gare routière située plusieurs kilomètres à l’extérieur de la ville. Et surtout, vous pouvez simplement vous présenter sur place, sans avoir besoin d’acheter un billet plusieurs jours à l’avance.

Combien de jours ?

Quatre jours m’ont suffi pour l’itinéraire que j’ai suivi, mais j’aurais facilement pu rester une semaine.
Si vous avez davantage de temps, je vous recommande particulièrement de passer quelques jours supplémentaires autour du mont Ararat et de Doğubeyazıt, plutôt que de traverser la région au pas de course simplement pour rejoindre Kars et Ani.

Quand visiter l’extrême est de la Turquie ?

J’ai voyagé début juillet, et les paysages étaient encore très verts, avec des fleurs sauvages qui recouvraient les plateaux autour d’Ani. Il faisait chaud dans les zones plus basses autour de Doğubeyazıt et d’Iğdır, mais Kars était beaucoup plus agréable.

L’hiver est une toute autre histoire. L’est de la Turquie se trouve à haute altitude et sur les plateaux balayés par les vents il peut faire très froids (ce vent…) et y avoir de la neige. Si vous venez principalement pour la randonnée et les paysages, je choisirais la fin du printemps ou le début de l’été.

Quel budget prévoir pour un voyage dans l’est de la Turquie ?

J’ai trouvé l’est de la Turquie très abordable pour des standards européens. L’hébergement représentait la plus grosse partie de mon budget, même si le petit-déjeuner était toujours compris avec la chambre. Les cafés, les döner et les restaurants étaient peu chers, et les dolmuş et minibus étaient abordables compte tenu des distances parcourues.

J’ai dépensé environ 170 € pour quatre jours, de la frontière du Nakhitchevan jusqu’à la frontière géorgienne.

Est-ce que l’est de la Turquie est sûr pour les voyageurs ?

Je ne me suis jamais sentie en danger en voyageant dans la région, y compris en tant que femme seule. Les postes de contrôle de la Jandarma que l’on rencontre dans les zones à majorité kurde peuvent sembler intimidants, mais il s’agit simplement de contrôles de routine.

Honnêtement, ma principale inquiétude dans l’est de la Turquie était plutôt la conduite. Sur la route vers la frontière géorgienne, il y a eu plusieurs moments où je me suis vraiment demandé si on allait arriver vivants

Les ressources que j’ai utilisées pour préparer mon voyage

Les informations disponibles en ligne sur l’est de la Turquie sont étonnamment limitées, particulièrement sur la logistique pratique. Je me suis principalement appuyée sur ces ressources :

Bradt Guide: Eastern Turkey (2014) : de loin le guide (en anglais) le plus utile que j’ai trouvé, notamment pour l’histoire et les endroits moins connus. Malgré son âge, je le recommande vivement.
Lonely Planet Turkey (2017) : utile pour préparer un voyage général et se renseigner sur les transports, mais beaucoup moins détaillé concernant l’Anatolie orientale. (en anglais)
Petit Futé Turquie (2025/2026) : un guide plus récent, mais l’est de la Turquie y est relativement peu développé.
Le site de l’UNESCO : particulièrement utile pour faire des recherches sur Ani et comprendre son importance historique et architecturale.

Conseil : pour les informations actuelles concernant les transports, demandez aux locaux. Eux, ils savent.

Est-ce que l’extrême est de la Turquie vaut le détour ?

Absolument ! Même si j’ai trouvé certaines villes assez bordéliques, j’ai vraiment adoré mon court voyage dans la région. Les gens que j’ai rencontrés étaient toujours gentils et prêts à aider, et les paysages sont tout simplement spectaculaires.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est à quel point la région donne une impression différente du reste de la Turquie. Le caractère kurde de villes comme Doğubeyazıt participe à l’intérêt du voyage, et les influences russes et caucasiennes autour de Kars ajoutent une couche supplémentaire à une région déjà incroyablement diverse. Je n’avais que quelques jours, mais je suis repartie avec l’envie de revenir et d’explorer davantage, notamment autour du mont Ararat.

Bon voyage, et Jin, Jîyan, Azadî!

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