Quand on parle de passer de Turquie en Géorgie, on pense généralement à la très fréquentée frontière de Sarp-Sarpi, près de Batoumi. Mais il existe un autre passage terrestre, beaucoup moins connu, plus à l’est : Türkgözü-Vale. C’est celui que j’ai choisi.
J’avais déjà franchi cette frontière une première fois en mars 2017, quand je voyageais dans la région en stop. Dans mes souvenirs, le passage avait été plutôt simple, même si mes souvenirs sont un peu comme la météo à ce moment là : brumeux. Je me rappelle surtout de la neige et d’un paysage complètement blanc.
Neuf ans plus tard, me voilà de retour, cette fois par une belle journée d’été, en route de Kars vers la Géorgie.
J’avais trouvé le récit détaillé du trajet entre Kars et la Géorgie sur un blog de voyage anglophone et je me suis dit qu’après avoir réussi ce trajet en stop, le faire en transports en commun en 2026 devrait être encore plus simple.
Spoiler : non, pas du tout.
Le poste-frontière de Türkgözü-Vale relie le district turc de Posof à la petite ville (enfin, plutôt au village) géorgienne de Vale, près d’Akhaltsikhé, dans les montagnes du Petit Caucase. C’est une frontière terrestre internationale, mais comparée à Sarp-Sarpi, elle est beaucoup plus calme et isolée.
Dans ce guide, je vous explique exactement comment je suis allée de Kars à la frontière de Türkgözü en transports en commun, comment s’est passé mon passage en Géorgie, comment j’ai continué vers Tbilissi, combien ce trajet m’a coûté et surtout, si je choisirais à nouveau cette frontière.

La frontière Türkgözü-Vale en bref
| Côté turc | Türkgözü |
| Côté géorgien | Vale |
| Ville turque la plus proche | Posof |
| Ville géorgienne la plus proche | Akhaltsikhé |
| Peut-on traverser à pied ? | Oui |
| Mon itinéraire | Kars → Ardahan → Posof → Türkgözü → Vale → Tbilissi |
Où se trouve la frontière Türkgözü-Vale ?
La frontière de Türkgözü-Vale se trouve dans les montagnes du Petit Caucase. Elle relie le district de Posof, dans la province turque d’Ardahan, au village géorgien de Vale, dans la région de Samtskhé-Djavakhétie. Le poste-frontière se trouve à environ 16 km de Posof côté turc, tandis que Vale est à une douzaine de kilomètres d’Akhaltsikhé, en Géorgie.
Depuis Kars, l’itinéraire terrestre est grosso modo le suivant :
Kars → Ardahan → Posof → Türkgözü → Vale → Akhaltsikhé
Contrairement au passage de Sarp-Sarpi, situé sur la côte de la mer Noire, Türkgözü est une frontière au milieu des montagnes et beaucoup plus isolée. Il s’agit bien d’un poste-frontière international permanent, que les voyageurs peuvent franchir à pied.
Türkgözü ou Sarp : quelle frontière choisir ?
Si vous cherchez simplement le moyen le plus facile de passer de Turquie en Géorgie, je choisirais Sarp-Sarpi. C’est le principal passage entre les deux pays, beaucoup plus fréquenté et surtout beaucoup mieux desservi, notamment si vous voyagez entre la côte de la mer Noire et Batoumi.
Je choisirais Türkgözü-Vale si je voyageais dans l’est de la Turquie, notamment autour de Kars et Ardahan, ou si j’avais simplement envie d’emprunter un itinéraire beaucoup plus calme (mauvais choix de mot), au milieu de paysages de montagne spectaculaires.
Et honnêtement, Posof est étonnamment mignon. Je n’y ai fait que passer, mais j’ai vraiment regretté de ne pas y avoir passé la nuit. Les montagnes autour étaient incroyablement vertes lorsque j’y étais en juillet.
Comment aller de Kars à la frontière de Türkgözü ?
Si vous voyagez de Kars vers la Géorgie sans voiture, rejoindre Türkgözü demande de prendre deux dolmuş, puis, depuis Posof, un taxi ou un autre moyen de transport privé. J’ai fait l’intégralité du trajet en une journée en juillet 2026.
De Kars à Ardahan
Le premier dolmuş part de Kars à 8h, depuis le Köy Otobüsleri Terminalı. J’ai payé 350 TL. Aucun billet ne m’a été remis : on monte simplement après avoir payé.
Le guichet était censé ouvrir vers 7h10. Lorsque je suis arrivée, le jeune homme avait oublié les clés de la boutique, donc il a dû repartir les chercher. Le guichet a finalement ouvert vers 7h20.
Si vous avez faim, il y a des çay evi juste à côté. À gauche du guichet, le sympathique monsieur vend également des viennoiseries fraîches : parfait pour prendre un petit-déjeuner avant de partir.
Mon dolmuş est finalement parti vers 8h10.
La route était en travaux lorsque je l’ai empruntée, donc certaines portions étaient encore assez chaotiques, mais les paysages compensent largement. La route monte sur les hauts plateaux et les vues sont vraiment superbes. À la mi-juillet, tout était vert.
Ardahan to Posof
Le prochain dolmuş pour Posof part d’Ardahan vers 11h. J’ai payé 300 TL, là encore sans recevoir de billet.
Demandez à votre chauffeur depuis Kars de vous déposer à la gare des dolmuş pour Posof.
Le minibus s’est brièvement arrêté à la gare routière d’Ardahan pour récupérer quelques colis. À un moment, plusieurs personnes sont descendues et le chauffeur a failli repartir sans eux : gardez donc un œil sur votre dolmuş si vous descendez !
Le trajet n’a duré qu’environ 1h10, même si la conduite était… mémorable. À certains moments, on roulé largement à plus de 110 km/h sur d’étroites routes de montagne sinueuses, avec le chauffeur qui coupait les virages en passant sur la voie opposée. J’avais une place au premier rang, juste à côté de lui, et évidemment, pas de ceinture de sécurité…
On a franchi le col d’Ilgar Dağı, à environ 2 550 mètres d’altitude, l’un des points les plus élevés de la route entre Ardahan et Posof. Les paysages étaient spectaculaires. Et Posof est vraiment très joli.
De Posof à la frontière de Türkgözü
Il n’y a pas de transport en commun entre Posof et la frontière, j’ai donc pris un taxi.
Je l’ai partagé avec un autre voyageur turc qui avait pris le même bus que moi depuis Kars, ainsi qu’avec un autre passager qui continuait jusqu’à Tbilissi (sans aucun bagage). D’après ce que j’ai compris du sympathique Turc qui ne parlait pas anglais (et mon turc est TRÈS, TRÈS limité), je devais payer 250 TL pour ma part. Il y a eu confusion au moment de me rendre la monnaie et je n’ai finalement donné que 70 TL.
Donc, contrairement aux deux précédents trajets, je ne peux pas vous donner un tarif fiable pour le taxi Posof-Türkgözü.
Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est que la route est magnifique. Une nouvelle fois, mon chauffeur avait le pied extrêmement lourd, on a filé sur la petite route de montagne sinueuse en direction de Gürcistan (la Géorgie) avec un remix turc de Tina Turner à plein volume dans les hauts parleurs.
Conseil : si vous voulez faire cet itinéraire, quittez Kars le plus tôt possible. Les correspondances ne sont pas particulièrement fréquentes et il y a assez peu de marge d’erreur si vous voulez atteindre Tbilissi le jour même.
Passer la frontière Türkgözü-Vale : mon expérience
Le passage de la frontière en lui-même a été rapide et sans difficulté. Après mon arrivée côté turc, j’ai passé le contrôle de sortie habituel avant de marcher entre vers le poste-frontière géorgien, situé à seulement une minute à pied.
L’immigration géorgienne s’est déroulée tout aussi tranquillement.
L’agente m’a demandé combien de temps je comptais rester en Géorgie. Il y a eu un petit malentendu lorsqu’elle a d’abord cru que j’allais rester trois mois au lieu de trois jours, et elle semblait assez mécontente lorsque je lui ai expliqué que de toute façon les citoyens européens pouvaient rester jusqu’à un an…
Elle m’a ensuite demandé où j’allais après la Géorgie. J’ai répondu la Russie, elle m’a demandé si j’avais un visa russe valide. Je lui ai proposé de lui montrer mon eVisa et mon assurance voyage géorgienne (désormais obligatoire), mais elle n’a finalement voulu voir ni l’un ni l’autre…
Son collègue était nettement plus sympathique. À un moment, il m’a demandé quelle était mon « origine ethnique ». Apparemment, je n’avais pas suffisamment l’air française à ses yeux. Il m’a finalement laissée partir avec un joyeux : « Au revoir, mademoiselle !«
Le tout a pris 20 minutes maximum, depuis mon entrée côté turc de la frontière jusqu’à la sortie côté géorgien. Pour une frontière aussi isolée, c’était remarquablement simple et rapide.
Comment aller de Vale à Akhaltsikhé puis Tbilissi ?
La partie plus compliquée est arrivée après l’immigration.
Une fois officiellement en Géorgie, aucun bus n’attend les voyageurs pour rejoindre Vale ou Akhaltsikhé. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de voyageurs qui utilisent cette frontière. C’est le revers de la médaille quand on choisit un tout petit poste-frontière comme celui-ci.
Un chauffeur de taxi m’a proposé de m’emmener à Akhaltsikhé pour 50 GEL, ce que j’ai refusé puisque j’étais seule. J’ai finalement fait du stop et, heureusement, je n’ai pas eu à attendre longtemps.
Après une dizaine de minutes, un monsieur s’est arrêté et m’a conduite jusqu’à Borjomi. De là, j’ai continué en marshrutka vers Tbilissi. La marshrutka part tous les jours à 17h, heure géorgienne, soit une heure de plus qu’en Turquie.
Vous pouvez également demander à être déposée à Akhaltsikhé, où les marshrutkas pour Tbilissi partent régulièrement aussi. Donc, si vous n’êtes pas à l’aise avec l’idée de faire du stop, je vous conseille de négocier avec un chauffeur de taxi ou de demander autour de vous si d’autres personnes se dirigent dans la même direction.
Petit ajustement culturel après avoir passé la frontière
Une chose que j’ai trouvée très gênante après mon entrée en Géorgie a été de savoir quelle langue utiliser. Je n’étais pas revenue depuis sept ans et je me suis retrouvée à hésiter avant de parler russe. Avec certaines personnes, j’ai vraiment eu l’impression que la langue russe était très mal accueillie. Même lorsque l’anglais n’était manifestement pas l’option la plus pratique, j’avais le sentiment de devoir demander la permission avant de passer au russe… Assez étrange par rapport à mes souvenirs de mes précédents voyages en Géorgie.
Combien de temps faut-il pour aller de Kars à Tbilissi ?
Je suis partie de Kars à 8h et je suis arrivée à Tbilissi à 19h, ou 18h heure turque, puisque la Géorgie a une heure de plus. Et croyez-moi, je n’ai vraiment pas perdu de temps en route.
J’ai pris le premier dolmuş de Kars à Ardahan, le premier d’Ardahan à Posof, trouvé un taxi pour la frontière en quelques minutes, franchi la frontière rapidement et fait du stop presque immédiatement après être sortie côté géorgien.
L’ensemble du trajet ne représente qu’environ 380 km, mais une grande partie se fait dans les montagnes. Et malgré deux de mes cinq chauffeurs qui semblaient penser qu’ils participaient à un rallye, le trajet côté turc a tout de même pris une éternité.
Donc ne regardez pas simplement la distance et ne vous dites pas que ce sera une petite traversée de frontière rapide. Si vous dépendez des transports en commun, prévoyez la journée entière pour aller de Kars à Tbilissi.
Combien coûte le trajet de Kars à la Géorgie ?
| Trajet | Transport | Prix |
| Kars → Ardahan | Dolmuş | 350 TL |
| Ardahan → Posof | Dolmuş | 300 TL |
| Posof → frontière de Türkgözü | Taxi partagé | ~70–250 TL* |
| Türkgöz → Vale border crossig | Passage à pied | |
| Frontière de Vale → Borjomi | Stop | Gratuit |
| Borjomi → Tbilissi | Marshrutka | 15 GEL |
*Je ne suis pas totalement certaine du prix que le taxi aurait dû me coûter : j’avais initialement compris 250 TL, mais à cause d’un malentendu, je n’ai finalement payé que 70 TL. Ne prenez donc pas mon tarif comme référence fiable.
Mes conseils pour passer la frontière Türkgözü-Vale depuis Kars
• Quittez Kars le plus tôt possible. Le trajet compte plusieurs correspondances et vous ne voulez pas arriver à la frontière trop tard dans la journée.
• Dites à vos chauffeurs turcs votre prochaine destination. Ils vous aideront généralement à trouver le prochain minibus ou un taxi.
• Ne vous fiez pas aveuglément aux informations trouvées en ligne. Les horaires et les transports peuvent changer, particulièrement sur cet itinéraire peu fréquenté. Vérifiez toujours les informations localement avant de partir.
• Demandez aux habitants : ils savent toujours mieux. Les Turcs se sont montrés incroyablement serviables pendant mon trajet et, lorsqu’il n’y a aucun panneau, horaire ou guichet, demander à quelqu’un est souvent la solution la plus simple.
• Gardez de l’argent liquide sur vous. Vous en aurez besoin notamment pour le taxi jusqu’à la frontière. Je vous conseille également de prendre quelques lari géorgiens avant de franchir la frontière, si possible. Il n’y avait aucun distributeur fonctionnel côté géorgien lorsque j’y étais, contrairement à ce que j’avais pu lire en ligne.
La frontière Türkgözü-Vale vaut-elle le coup ? Est-ce que je recommencerais ?
Malgré le fait que le trajet m’ait pris une éternité, qu’il ait nécessité plusieurs correspondances et qu’il y ait eu un passage particulièrement flippant pendant lequel j’ai sincèrement cru que j’allais mourir, oui, je le referais. Le trajet est clairement plus compliqué que celui par Sarp, mais c’est aussi ce qui fait son charme.
Vous traversez une région beaucoup plus tranquille du Petit Caucase, avec des paysages montagneux spectaculaires et des montagnes bien vertes en juillet.
J’ai également beaucoup aimé Posof. Je regrette d’ailleurs vraiment de ne pas y avoir passé la nuit.
Donc, si vous cherchez simplement le moyen le plus facile d’aller de Turquie en Géorgie, ce n’est probablement pas celui-ci. Mais si vous voyagez par voie terrestre dans la région de Kars et de l’est de la Turquie, que vous avez du temps et que vous aimez les itinéraires « un peu aventureux », je vous recommande vraiment Türkgözü-Vale.
Par moments, ce trajet était une vraie galère. Mais c’était aussi l’un des passages les plus mémorables de mon voyage.
Bon voyage, et iyi yolculuklar !








